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Séminaire des cantons : « Au sein des offices fédéraux, ce n’est pas clair »

« Au sein des offices fédéraux, ce n’est pas clair, certaines de leurs exigences pour le plan directeur éolien ne figurent pas dans le concept éolien de la Confédération », a constaté Serge Boschung, chef du service de l’énergie du canton de Fribourg lors du Séminaire des cantons de Suisse Eole. « Bien que le parlement thurgovien ait clairement accepté le plan directeur cantonal, nous ne sommes qu’au début de la réalisation du potentiel de l’éolien en Thurgovie », a déclaré Thomas Volken, spécialiste de l’éolien au service de l’énergie du canton de Thurgovie.

Covid-19 oblige, le Séminaire des cantons de Suisse Eole s’est exceptionnellement déroulé en ligne le 2 juillet 2020, avec plus de 60 participants.
Covid-19 oblige, le Séminaire des cantons de Suisse Eole s’est exceptionnellement déroulé en ligne le 2 juillet 2020, avec plus de 60 participants.

Voici deux ans que le canton de Fribourg attend la validation du plan directeur éolien par la Confédération. La planification avait commencé dès l’an 2000. « En 2008, on a adapté le concept aux nouvelles exigences légales et en 2014, on a décidé d’établir un nouveau concept », a expliqué Serge Boschung. C’est en 2018 que le concept et le thème de l’éolien dans le nouveau plan directeur cantonal, avec des fiches de projets, ont été validés par le Grand Conseil. C’est aussi depuis 2018 que le canton de Fribourg attend la validation de la Confédération, bien que le canton ait pris en compte les aspects sociaux, techniques, économiques et environnementaux.

160 GWh pour 2030
D’ici à 2030, Fribourg aimerait produire 160 GWh de courant éolien par an : « On n’est pas trop loin des 250 GWh que la Confédération attend de nous en 2030 », juge Serge Boschung. Le plan directeur compte 7 sites, dont 4 sites en coordination réglée. Les sites retenus permettent d’accueillir au moins 6 éoliennes et de produire plus de 20 GWh par parc. Serge Boschung constate un manque réel de coordination au sein des offices fédéraux, le guichet unique ne pouvant exercer son rôle : « Ce sont les tribunaux qui définissent actuellement les lignes de la planification éolienne en Suisse. La relation avec les médias et la présence sur le terrain de la part de la Confédération, des cantons, de Suisse Eole et des développeurs sont beaucoup trop faibles. Tout ceci contribue à laisser encore beaucoup trop d’espace aux opposants ».

Le plan directeur compte 7 sites, dont 4 sites en coordination réglée. Les sites retenus permettent d’accueillir au moins 6 éoliennes et de produire plus de 20 GWh par parc.
Le plan directeur compte 7 sites, dont 4 sites en coordination réglée. Les sites retenus permettent d’accueillir au moins 6 éoliennes et de produire plus de 20 GWh par parc.

10 à 15 % de la consommation d’électricité cantonale thurgovienne
« Dans le canton de Thurgovie, on a mis sept ans entre l’étude des vents jusqu’à la validation du plan directeur éolien », explique Thomas Volken. « Le 6 mai, le parlement de Thurgovie a approuvé avec 78 voix contre 36 une modification du plan directeur avec un plan directeur éolien. » Le canton a le potentiel de produire 10 à 15 % de sa consommation d’électricité avec des éoliennes. « Nous comptons faire des parcs de 5 à 7 éoliennes », précise Thomas Volken. Il rappelle qu’il est très important que l’administration cantonale invite des experts en éolien pour mieux informer les politiciens : « Car ils reçoivent quasiment en permanence des informations de la part des opposants à l’éolien. »

Comme Serge Boschung, Thomas Volken constate également qu’il y a toujours davantage d’exigences auxquelles il faut répondre. Entre 2016 et 2018, par exemple, il y avait déjà un bon nombre de nouvelles exigences pour établir le plan directeur. Quant à la consultation, cela a été la surprise : « 25 % des prises de position venaient d’Allemagne. » Du jamais vu dans le canton de Thurgovie. Il est persuadé qu’il faut aussi chercher le contact avec les opposants. Deux nouveaux thèmes sont discutés sur le plan politique : une garantie de risque pour une éolienne pilote et une sorte de péréquation financière pour les régions avec des éoliennes dans le but de les dédommager de l’impact des éoliennes.

À la tombée de nuit et à l’aube
« Les collisions entre chauves-souris et éoliennes arrivent surtout à la fin de l'été et en automne, pendant les nuits où les températures sont élevées et par vent faible », explique Luisa Münter de Nateco. « Au cours de la saison froide, pendant à peu près 6 mois, elles sont peu actives », souligne Jérôme Gremaud de l’Atelier 11A. Il y a des chauves-souris qui vivent toute l’année chez nous et d’autres qui migrent. « La majorité de l’activité couvre une période allant de juin à octobre, à des températures supérieures à 8° C, avec des vents inférieurs à 10 m/s, entre le coucher du soleil et 6h00 du matin », précise Jérôme Gremaud.

Barotraumatisme et éoliennes en forêt
On pensait autrefois que le barotraumatisme était un facteur important de mortalité chez les chauves-souris. Cependant, les modèles de flux d'air indiquent que la différence de pression nécessaire pour provoquer ce phénomène se situe à quelques millimètres des pales. « Cela suggère que les barotraumatismes ne représentent qu'une faible proportion des décès de chauves-souris » conclut Luisa Münter. Elle a également expliqué que d’après de nouvelles études en Allemagne, les éoliennes en forêt ne sont pas fondamentalement plus problématiques pour les chauves-souris car elles atteignent des hauteurs de plus de 200 mètres : « C’est plutôt le défrichement qui peut causer problème. »

Avant et après la réalisation d’un parc
Les atteintes à la nature en Suisse peuvent être compensées par des mesures d’évitement, de réduction et de remplacement. Luisa Münter précise : « Les intérêts ne sont pas nécessairement équilibrés si les mesures sont toujours évaluées sur la base des valeurs les plus défavorables, c’est-à-dire des scénarios les plus pessimistes. « Par exemple la réalisation d’un étang en forêt comme mesure de compensation est très bénéfique pour les chauves-souris, tout en permettant de les éloigner des éoliennes », explique Jérôme Gremaud. « Le recensement des chauves-souris peut d’ailleurs apporter des surprises : comme elles sont très curieuses, il se peut qu’il y en ait davantage et qu’elles chassent autour de la tour. »

Une étude réalisée au parc éolien de Peuchapatte a démontré qu’entre 4,5 m/s ou 5 m/s et 6,5 m/s, l'effet en termes de différence d'activité des chauves-souris est peu significatif.
Une étude réalisée au parc éolien de Peuchapatte a démontré qu’entre 4,5 m/s ou 5 m/s et 6,5 m/s, l'effet en termes de différence d'activité des chauves-souris est peu significatif.

Un juste équilibre entre protection et production
« Il est important de considérer que l’arrêt des éoliennes à certaines vitesses de vents particulièrement élevées entraîne des pertes de rendement très importantes pour les parcs éoliens. En règle générale, il n’en résulte pas un degré de protection notablement supérieur pour les chauves-souris », explique Luisa Münter. Une étude réalisée au parc éolien de Peuchapatte a démontré qu’entre 4,5 m/s ou 5 m/s et 6,5 m/s, l'effet en termes de différence d'activité des chauves-souris est peu significatif. D’ailleurs, l’augmentation de l’activité qui ne corrélée pas forcément avec une augmentation des risques de collisions. Ce qui n’est pas le cas des pertes de production. Elles sont de l’ordre de 0,3 % à 4,5 m/s, de 0,9 % à 5,2 m/s et de 3,6 % à 6,5 m/s. « Nous devons nous concentrer sur la réduction des incertitudes et ne pas adhérer à une application stricte du principe de précaution », termine Luisa Münter.

Défis politique
Suisse Eole a entre autres informé les participants à propos de la consultation concernant la révision de la loi sur l’énergie et l’ordonnance correspondante. Quant à la solution qui reste à définir pour l’éolien après la rétribution à prix coûtant, Suisse Eole ne s’aligne pas sur le modèle des enchères proposé par l’AEE Suisse qui n’est pas adapté pour l’éolien. Une contribution d’investissement couplée avec une rétribution hivernale garantirait la sécurité d’investissement nécessaire pour pouvoir réaliser le potentiel réaliste de 15 % de courant éolien en Suisse, avec une part de 20 % en hiver.

Suisse Eole s’investit également pour trouver des pistes en vue de simplifier les procédures. Elle propose par exemple que les demandes des tribunaux à la Confédération soient toutes coordonnées par le guichet unique. Ou qu’il n’y ait plus qu’une seule instance juridique au niveau cantonal pouvant trancher les recours. Le postulat d’Isabelle Chevalley, présidente de Suisse Eole, a été accepté par le Conseil National et pourrait donner de l’élan : il charge le Conseil fédéral, en partenariat avec les cantons, de présenter un rapport visant à trouver des solutions pour réduire le délai d’obtention du permis de construire pour les installations de production d'énergie renouvelable.

Texte : Anita Niederhäusern, sur mandat de Suisse Eole