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Les communes demandent l’accélération des procédures pour les projets d’énergie éolienne

«L’énergie éolienne et l’agriculture sont compatibles à 100%», a déclaré David Fattebert, syndic de Le Châtelard. La commune prévoit de construire trois à huit éoliennes sur ses propres terres. «L’énergie éolienne contribue aussi à diversifier les recettes des agriculteurs.»

Le 6 avril, plus de 130 personnes se sont rendues à Fribourg à l’occasion du Congrès national de l'énergie éolienne organisé par Suisse Eole, l’association pour la promotion de l'énergie éolienne en Suisse. «Nous sommes une commune rurale située dans les Préalpes Fribourgeoises avec 380 habitants et près de 1500 bovins. Il est arrivé que je me demande, alors que je n’arrivais pas à trouver le sommeil, s’il ne serait pas mieux de prélever un impôt sur nos bovins plutôt qu’à nos habitants!» En 2012, le Conseil communal fraîchement élu s’est réuni pour une séance de brainstorming en vue d’élaborer de nouveaux projets: «Nous ne voulions pas attendre les bras croisés pendant cinq ans, la durée de la législature. C’est ainsi que nous avons eu l’idée de construire un parc éolien.»

Du tourisme aux finances
Les raisons étaient évidentes: L’énergie éolienne est 100% compatible avec l’agriculture. «Par ailleurs, la politique exige de plus en plus que l’agriculture se diversifie », l’énergie éolienne est ici une très bonne alternative. Pour les conseillers communaux élus, le fait que l’énergie éolienne leur permette d’apporter leur contribution personnelle au tournant énergétique est aussi important. Un autre atout de l’énergie éolienne est le tourisme car cela augmenterait l’attrait de la commune. Ce qui compte aussi, c’est que les installations pourraient être facilement démontées: «Nos enfants pourront décider eux-mêmes s’ils souhaitent démolir les anciennes installations ou en construire de nouvelles», a expliqué David Fattebert. « Les recettes résultant de l’exploitation revêtent évidemment aussi une certaine importance », a-t-il ajouté, car comparée au reste du canton, la commune occupe régulièrement le bas du classement en termes de recettes fiscales.

David Fattebert: «Nous avons par ailleurs décidé de construire les éoliennes exclusivement sur les terres appartenant à la commune pour qu’il n’y ait pas de jalousie entre les propriétaires terriens privés.»
David Fattebert: «Nous avons par ailleurs décidé de construire les éoliennes exclusivement sur les terres appartenant à la commune pour qu’il n’y ait pas de jalousie entre les propriétaires terriens privés.»

Information et intégration
Le Conseil communal a bien sûr aussi évoqué les conséquences négatives, mais les effets positifs dominaient nettement: «Nous souhaitons devenir une commune modèle pour que notre démarche puisse servir d’exemple à d’autres», poursuit le président de commune très engagé. En proposant des journées d’information et la visite du parc éolien de Mont-Crosin, la commune a toujours parfaitement informé la population: le projet du parc éolien est ainsi toujours à l’ordre du jour de l’assemblée communale. Cette dernière a accepté le projet déposé en 2013 avec 92 % de oui. «Nous avons aussi décidé de construire les éoliennes exclusivement sur les terres de la commune pour ne pas créer de jalousie parmi les propriétaires terriens privés.» Les promoteurs ont dû en tenir compte lors de la planification du projet. Étant donné que la commune possède encore des terres sur le territoire communal de Grangettes, cette commune a également été associée projet. Lors d’un vote qui y a été organisé en 2013, 76 % se sont déclarés en faveur du projet d’énergie éolienne.

Plan B : construction d’une éolienne test
Le projet se trouve déjà à un stade si avancé que les éoliennes pourraient bientôt produire de l’électricité s’il ne fallait pas attendre la modification du plan directeur cantonal. Par ailleurs, Armasuisse exige une garantie pour que les éoliennes ne gênent pas un système de contrôle prévu dans la région. «Le secteur de l’éolien est en pleine expansion dans le monde entier et moi, petit président de commune, je dois expliquer au canton qu’il est indispensable qu’ils fassent bouger les choses, c’est vraiment grotesque! La Confédération a décidé, avec sa stratégie énergétique, d’encourager les énergies renouvelables et malgré cela, l’énergie éolienne est actuellement au point mort», déplore David Fattebert. «La politique a perdu le sens des réalités et souffre d’un manque de capacité à s’imposer». Les citoyens et citoyennes du Châtelard ainsi que les concepteurs du projet sont convaincus de l’importance de leur projet d’énergie éolienne. Pourtant, ils ont les mains liées. «Nous pensons déposer cette année une demande de permis de construire pour une éolienne test», a annoncé David Fattebert à Fribourg, «On est des durs à cuire!» De cette façon, la commune pourrait au moins concrétiser une petite partie de son engagement en faveur de l’énergie éolienne. Tout en espérant pouvoir quand même faire construire plus tard les autres éoliennes.

De l’énergie hydraulique à l’énergie éolienne
Dans la commune bernoise d’Eriswil, des éoliennes pourraient aujourd’hui déjà couvrir jusqu’à 100% des besoins en électricité grâce à l’engagement exceptionnel des autorités - si Skyguide n’avait pas émis une objection. Mais commençons par le début: «En 2011, la commune a décidé d’investir l’argent résultant de la vente de la centrale hydraulique dans l’énergie éolienne», a déclaré Johann Ulrich Zehnder, membre du groupe de travail sur l’énergie éolienne. «La commune a octroyé un crédit de 200‘000 francs suisses pour lancer le projet.» En procédant à des mesures du vent, en organisant des campagnes d’information et en proposant aux habitantes et aux habitants des excursions visant à découvrir des parcs éoliens en Allemagne, l’enthousiasme pour l’énergie éolienne à Eriswil s’en est trouvé décuplé.



«En 2011, la commune a décidé d’investir l’argent résultant de la vente de la centrale hydraulique dans l’énergie éolienne», a déclaré Johann Ulrich Zehnder, membre du groupe de travail sur l’énergie éolienne.
«En 2011, la commune a décidé d’investir l’argent résultant de la vente de la centrale hydraulique dans l’énergie éolienne», a déclaré Johann Ulrich Zehnder, membre du groupe de travail sur l’énergie éolienne.

Tous sont d’accord, sauf…
Les protecteurs des oiseaux locaux ont compté les oiseaux et ont conclu qu’il n’y avait pas de danger potentiel, les organisations de protection de l’environnement ont exclu tout risque concernant les parcs d’énergie éolienne et les mesures du vent ont donné de bons résultats. Le bruit provoqué par les éoliennes en prévision respecterait l'ordonnance sur la protection contre le bruit. Tout semblait être en bonne voie. Les contrats avec les propriétaires terriens, à savoir deux des quatre communes regroupant les biens communaux qui existent en Suisse, sont signés. « Même le DPPS s’est montré conciliant au sujet d’une installation d’exercice optique. «Mais Skyguide a émis une objection. La société exploite à Willisau un radar pour la navigation aérienne.»

Risque de litige trop élevé
Au final, la décision négative du service suisse de surveillance de la navigation aérienne bloque actuellement 15 parcs éoliens prévus dans la région, a calculé Johann Ulrich Zehnder. «Nous devrions maintenant continuer à dépenser de l’argent pour régler ce point. Étant donné que l’argent du projet provient de la caisse de la commune d’Eriswil, nous ne souhaitons pas courir le risque d’un éventuel litige et sommes à la recherche d’une solution avant la procédure d'octroi de permis de construire. Tant que nous n’aurons pas trouvé un accord avec Skyguide, notre projet sera bloqué.» Les habitants du village sont tous très tendus. «L’année dernière, l’assemblée communale nous a encore accordé un crédit supplémentaire pour le projet, mais plus la phase de projet est longue, plus il est difficile de maintenir l’enthousiasme!» On entend déjà maintenant que l’on aurait mieux fait d’investir l’argent dans une route ou un monument. «La population aura le dernier mot sur la construction!» conclut Johann Ulrich Zehnder.

Le parc éolien citoyen d’Appenzell sur la bonne voie
Cinq investisseurs privés, dont Valentin Gerig, membre du conseil d’administration d’Appenzeller Wind AG, n’ont pas retenu l’approche communale, mais la participation des citoyens : «Nous planifions deux éoliennes de 3 mégawatts avec une production annuelle de 12 à 15 millions de kilowattheures.» Il est prévu que les éoliennes produisent de l’électricité dès 2019 : «Les mesures que nous avons effectuées ont montré que nous avons un très bon régime de vent par rapport au reste de la Suisse avec 6 mètres par seconde en moyenne.» Appenzeller Wind AG est soutenue par cinq particuliers et l’initiative Genossenschaft IG Appenzeller Naturstrom qui compte 120 citoyennes et citoyens qui sont tous des actionnaires égaux. Valentin Gerig explique: «Nous ne souhaitons pas effectuer l’investissement total de près de 15 millions de francs. C’est pourquoi il est prévu qu’environ 70 autres citoyennes et citoyens participent directement au projet d’énergie éolienne en tant qu’investisseur avec des prêts convertibles partiaires.» Pour les initiateurs, il est important que le projet reste dans la main des citoyens: «Cinq millions de francs de capital propre sont suffisants pour que nous puissions réaliser la construction des éoliennes sans distributeur d’énergie», affirme Valentin Gerig.


Valentin Gerig, membre du conseil d’administration d’Appenzeller Wind AG, souhaite faire avancer l’énergie éolienne à Appenzell en misant sur la participation des citoyens.
Valentin Gerig, membre du conseil d’administration d’Appenzeller Wind AG, souhaite faire avancer l’énergie éolienne à Appenzell en misant sur la participation des citoyens.

Le canton de Vaud soutient les communes
 
«Nos études ont montré que la population veut être impliquée dans le processus de développement des projets d’énergie éolienne», a expliqué Cornelis Neet, directeur du département de l'environnement du Canton de Vaud. En 2013, le canton a intégré 19 des 52 sites envisageables pour l’énergie éolienne en 2011 dans les projets du canton en matière d’énergie éolienne. Dans le futur, les éoliennes devraient produire près de 1100 mio. de kilowattheures d’électricité: «La Confédération exige 1100 à 1500 mio. de kilowattheures de courant éolien, nous sommes donc de justesse dans la course», a déclaré Cornelis Neet. Les vrais problèmes ne sont toutefois pas les contraintes qui viennent d’en haut, mais les groupes d’opposition sur place: «Un groupe d’opposants à l’énergie éolienne s’est formé pour chacun des projets d’énergie éolienne.»

Pour soutenir les communes, le canton a désormais affecté un interlocuteur à chaque commune qui poursuit un projet d’énergie éolienne. «Ceux-ci les soutiennent dans les tâches administratives et aident aussi les communes en matière de communication.» Les soirées «5 à 7» sont très appréciées: les partisans et les opposants à l’énergie éolienne peuvent débattre publiquement quelle que soit la phase de développement du projet; la population, les réalisateurs du projet, les associations de protection de l’environnement et les autorités y participent. Ces soirées ont déjà lieu à deux reprises.

«Nos études ont montré que la population veut être impliquée dans le processus de développement des projets d’énergie éolienne», a expliqué Cornelis Neet, directeur du département de l'environnement du Canton de Vaud.
«Nos études ont montré que la population veut être impliquée dans le processus de développement des projets d’énergie éolienne», a expliqué Cornelis Neet, directeur du département de l'environnement du Canton de Vaud.

La rose des vents de WWF, une aide pour les projets de qualité
«Nous avons créé la rose des vents, un nouvel outil qui nous permet d’évaluer plus précisément les effets de sites contestés pour l’énergie éolienne,» a expliqué Catherine Martinson, membre de la direction de WWF Suisse. «Mais notre objectif n’est pas d’évaluer tous les projets d’énergie éolienne sur la base de ce modèle», a-t-elle souligné. Avec cette rose des vents, WWF a aussi créé un outil qui est maintenant à la disposition des différentes sections: «La rose des vents est un instrument qui sert à repenser un projet d’énergie éolienne. Les résultats ne doivent en aucun cas déboucher sur un «go or no go »! Lors de la discussion qui a eu lieu à la fin du congrès, l’objectif modeste de l’Alliance-Environnement de seulement 3% de courant éolien a été mis en question. Catherine Martinson a précisé: «Il s’agit d’un premier objectif. Si les expériences sont satisfaisantes, nous serons certainement prêts à aller encore plus loin.»

Isabelle Chevalley (à gauche), qui a animé le congrès, s’entretient avec Catherine Martinson, membre de la direction de WWF Suisse qui a présenté la rose des vents.
Isabelle Chevalley (à gauche), qui a animé le congrès, s’entretient avec Catherine Martinson, membre de la direction de WWF Suisse qui a présenté la rose des vents.

L'Office fédéral de l'énergie soutient l’énergie éolienne«
L'Office fédéral de l'énergie est toujours d’avis que l’énergie éolienne en Suisse est une bonne chose» a déclaré Frank Rutschmann, responsable de la section des énergies renouvelables dans l'Office fédéral de l'énergie (BFE). «Cela ne va pas forcément de soi vu la période difficile que traverse actuellement la branche.» La technologie éolienne est simple et facile à comprendre, même par les enfants: «Contrairement à l’énergie nucléaire. Essayez d’expliquer à un enfant comment fonctionne une centrale nucléaire!» Aujourd’hui, la situation est un peu spéciale: les promoteurs éoliens qui veulent produire de l’électricité sans CO2 sont poursuivis en justice, alors qu’on laisse tranquilles ceux qui ne font rien. «Mais nous avons besoin de l’énergie éolienne pour combler les lacunes de l’énergie solaire et de l’énergie hydraulique. La clause d’extinction de la nouvelle ordonnance sur l'énergie va avoir des incidences majeures sur tous les projets d’énergie éolienne qui se trouvent sur la liste d'attente RPC car ils ne pourront plus bénéficier de la RPC. «Ce sera encore plus grave si la stratégie énergétique n’aboutit pas devant le parlement. Dans ce cas, plus aucune nouvelle éolienne ne sera intégrée au système à partir de ce moment!» a poursuivi Frank Rutschmann.

Les habitants de la Suisse orientale veulent l’énergie éolienne
81% des personnes interrogées approuveraient un projet d’énergie éolienne de la commune. 74% des personnes interrogées voient dans l’énergie éolienne une possibilité de réduire la dépendance par rapport à l’étranger en matière d’électricité. «Et 69% des personnes interrogées sont prêtes à faire des compromis en matière de protection de l’environnement pour éviter les risques liés à l’énergie nucléaire. Tels sont les résultats de l’étude «Facteurs d’influence de l’acceptation sociale de l’énergie éolienne en Suisse orientale» que Prof. Dr. Rolf Wüstenhagen, de l’Institut d’économie et d’écologie de l’université de Saint-Gall, a présentée lors du congrès l'énergie éolienne. «Une analyse plus approfondie a montré que 77% des riverains de l’éolienne de Calandawind à Haldenstein approuvent la poursuite du développement dans leur région.» (voir aussi news de Suisse Eole du 30.11.15) Rolf Wüstenhagen est convaincu: «Je dirais «keep it local and bird friendly», et les projets d’énergie éolienne en Suisse auront sans aucun leur chance ».


Rolf Wüstenhagen: «Une analyse plus approfondie a montré que 77% des riverains de l’éolienne de Calandawind à Haldenstein approuvent la poursuite du développement dans leur région.»
Rolf Wüstenhagen: «Une analyse plus approfondie a montré que 77% des riverains de l’éolienne de Calandawind à Haldenstein approuvent la poursuite du développement dans leur région.»

2.3 Le centime est la véritable limite du système
«Ce n’est pas la clause d’extinction, mais la taxe RPC sur la consommation d’électricité qui est la limite du système de subventions», a expliqué le conseiller national Roger Nordmann aux personnes présentes au congrès. «En tant que président de Swissolar, je ne cesse de défendre l’énergie éolienne car nous en avons besoin en hiver, période où l’énergie solaire et l’énergie hydraulique produisent le moins, mais où la consommation d’électricité est la plus élevée.» Il a également expliqué comment fonctionnait la nouvelle prime d’injection qui fait débat et qui se compose du prix du marché et d’une prime d’injection, ce qui est d’un côté censé empêcher des prix de gros très bas et être d’un autre côté un système d’incitation à produire lorsque l’électricité risque de manquer. «Ceux qui ont déjà reçu un avis positif ou qui sont déjà dans la RPC resteront dans ce système et ne passeront pas à la prime du marché», a-t-il commenté. «Mais vous savez, c’est comme quand on monte dans un avion: si toutes les places sont occupées, plus personne ne peut rentrer! L’important est avant tout que nous ayons quelques voix du PLR et de l’UDC de notre côté lors du vote final sur la stratégie énergétique, sinon la loi ne passera pas et ce sera la fin immédiate de la subvention!»

Roger Nordmann, conseiller national et président de Swissolar, a expliqué les stratagèmes politiques du débat sur la stratégie énergétique 2050.
Roger Nordmann, conseiller national et président de Swissolar, a expliqué les stratagèmes politiques du débat sur la stratégie énergétique 2050.

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Texte: Anita Niederhäusern, à la demande de Suisse Eole

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Acceptance, Cantons, Communes, Économie/finance, Événements, Politique énergétique, Riverain, Technique